jeudi 11 décembre 2008

Action réussie

Ma délégation n'est définitivement pas comme les autres ! Nous n'avions prévu en venant ici qu'une seule et unique action, celle révisée à Berlin. Cette action nommée "Wrap it Up ! Act Now" est un projet de longue date, entamée dès le mois de septembre à Malmö en Suède, là où se déroula notre formation.
Cette action européenne consistait à demander à tous les jeunes européens que l'on pouvait rencontrer d'adresser un message à leur ministre et aux ministres européens sous la forme d'un petit bout de tissu. Peinture, collage, et coloriage furent faits à travers toute l'Europe; au final, ce sont 3 000 dessins de la sorte qui ont été collectés par la délégation.

Aujourd'hui, jeudi, alors que nous sommes en plein "High-Level Segment", le secrétariat des NU nous a autorisé à mener notre action dans les murs de la Conférence. L'objectif était d'inviter un maximum de ministres européens pour leur offrir un de ces dessins (sélectionnés par nos soins). De nombreux ministres de l'environnement sont venus : Allemagne, Finlande, Grande-Bretagne, Malte... La France manquait ce matin à l'appel, la France étant présidente de l'UE jusqu'à la fin de ce mois, il fallait que l'on trouve Monsieur Borloo et Madame Nathalie Kosciusko-Morizet. Malheureusement pour des raisons d'emploi du temps plus que chargé, ils ne pouvaient participer, ni même recevoir leur cadeau européen !

Mais...

Madame la secrétaire d'État à l'écologie Nathalie Kosciusko-Morizet, le dessin et moi.



Négocier (du latin : negotium, marchander).

Un petit point sur les négociations.

En parallèle des séances plénières, la trame des négociations tisse plusieurs fils (celui d’Ariane serait bien utile pour nous, parfois égarés dans ce dédale d’acronymes –PFC au titre des MDP, OSCST, AWG LCA et KP, REDD, EGTT…-, de références parfois obscures aux précédentes négociations, ou de jargon technique). Il y a donc les groupes de travail, les groupes de contact, les réunions bi ou multi latérales, ou encore les concertations informelles.

C’est de ce côté que les négociations avancent le plus…ou pas. Puisque la multiplication de ces concertations informelles et groupes de contact constitue pour certains un aveu d’impuissance. Ou en tout cas d’une lacune concernant les priorités à établir.

C’est en tt cas ce que relatait le « Bulletin des Négociations de la Terre », publié par l’IISD (Institut International du Développement) qui prenait les réactions de quelques délégués « à chaud » : “Nous sommes tous occupés, mais je n’entends pas beaucoup de monde reconnaitre l’énormité de la tâche qui nous attend l’année prochaine ou s’inquiéter de la fenêtre d’opportunités qui se ferme ici à Poznań ».

Ce qui reste traditionnel pour certains, davantage rompus au jeu des négociations : “La réunion n’étant pas une réunion ‘butoir,’ nous sommes encore dans un jeu d’attente – personne ne va risquer de jeter la moindre carte à ce stade” .

Image qui rappelle sans équivoque que, négocier, c’est presque comme jouer au poker… et apparemment personne n’est prêt à relancer…alors même que le tapis est constitué in fine d’un ensemble de biens communs…

Pour faire un petit bilan de la première semaine, on peut reprendre plusieurs éléments et les catégoriser….

Les évidents :
· L’ensemble des délégations clame en effet que la lutte contre les changements climatiques doit rester une priorité au niveau international malgré la crise financière et économique. Mais aussi que Poznań doit donner un nouvel élan aux négociations dans la perspective de Copenhague.
· Le commissaire européen Stavros Dimas l’a lui aussi répété plusieurs fois au cours de la journée d’hier, insistant sur les objectifs de l’UE qui demeureraient « intacts » et sur le message clair ( est-ce si clair? ou suis-je myope?) de Poznań : toutes les délégations sont déterminés à voir naître un accord international en vue de la COP15.

Les délicats :
· Si la première semaine a été l’occasion de définir l’agenda 2009, les progrès sur les points techniques semblent très limités. En guise d’illustration, les enjeux liés à la lutte contre la déforestation et la dégradation des forêts cristallise autant de tensions entre pays en développement et pays industrialisés. C’est un peu à qui lâchera en premier, quelque part…

Les « consensuels » :
· Sur la vision partagée à long terme, pour schématiser, cette volonté d’avancer ensemble dans une même direction : une société sobre en carbone, donc sobre et efficace dans sa consommation énergétique, en bref prouver sa résilience face aux changements climatiques. Et pourtant au vu des « fossil of the day awards », on est loin du compte ! (hier, the winners were again… guess who ? France, USA et avant hier le Canada!!) Et cette vision ne semble pas vouloir être partagée par le G77, qui ne souhaite pas s’engager.
· Sur l’adaptation, on semble réellement accorder les violons : un cadre orchestré par la CNUCCC, et la nécessité de se focaliser sur les pays les plus vulnérables.

Les bonnes idées :
· Les protocoles de Montréal et de Kyoto doivent être désormais coordonnés : le rapport du Protocole de Montréal suggère de substituer le concept de substances appauvrissant la couche d’ozone qui sont encore présentes dans l'Union européenne, principalement contenues dans les équipements de réfrigération et les matériaux d'isolation utilisés dans la construction (ODS Banks - Ozone Depleting Substance) par celui de gaz à effet de serre ayant un fort potentiel de contribution au réchauffement climatique.

Les à développer (et par là j’entends par Augustin cf Article « Fonds cherche personnalité juridique pour conclure ») : le fonds d’adaptation, qui bloque vraiment pour l’instant.

Hier soir, la plupart des groupes d’experts ont rendu leurs conclusions, plus ou moins satisfaisantes à leur goût… Pendant que les ministres faisaient une entrée fracassante dans le pavillon européen où la tenue d’un banquet pour plus de 500 personnes, avec armée de serveurs et nombreux sushis –cherchez l’erreur- clôturait une journée spéciale Afrique, certains groupes d’experts, eux, continuaient leur quête d’un accord..

Ils y auront probablement passé une partie de la nuit. Quant aux résultats et perspectives, désormais entre les mains des politiques, l’horizon demeure pour une bonne partie foggy…Colombo n'aurait pas dit mieux...

mercredi 10 décembre 2008

Fini de s'amuser

On entre enfin dans le vif du sujet, bien que cette année le sujet et les négociateurs ne soient pas très vifs... Le "high-level segment" commence en effet aujourd'hui. En jargon diplomatique ou onusien, cela signifie que les ministres chargés des questions de changements climatiques sont présents à la conférence.
Ce matin, cérémonie d'ouverture du "high-level segment" avec Mr. Ban Ki-moon (sécretaire général des Nations Unies), Mr. Lech Kaczynski (président de la Pologne) et d'autres présidents et premiers ministres d'Europe, d'Océanie et d'Amérique.

Que la fête commence !

Les lobbyistes ont changé

Les temps changent, les lobbyistes aussi !

Il y a encore deux ou trois CoP, les lobbyistes des industries sillonnaient les couloirs en professant que les changements climatiques n'existent pas et en proposant le perpétuel paradigme "business as usual" (BAU, dans le rapport du GIEC). La recette du bon lobbyiste était connue de tous, discussion informelle au cours de la journée et puis invitation le soir à un "side event" (événement en parallèle de la conférence) avec grands vins français, petits fours et bonne ambiance chic et branchée.

Rassurons-nous, seul le message a changé, les lobbyistes aussi, un peu ! A présent, ces derniers sont totalement conscients de l'ampleur et de l'existence des changements climatiques, ils proposent même des solutions. Bien entendu, rassurons-nous encore, la solution proposée n'est pas une réduction de la consommation énergétique ou un changement dans les habitudes de vie ! La nouvelle marrotte, le nouveau business qui explose en ce moment, c'est le carbon trading. En conséquence, des traders, des industriels ou des lobbyistes professent à présent tous le même message : "le climat change, le marché du carbone réduira les émissions" !
Comme une action, la tonne sera bientôt côtée, peut-être même en continu. Un nouveau marché, totalement nouveau pour spéculer.

Hier soir, avec des amis russes, j'ai eu l'occasion d'assister - participer - à une telle soirée; l'ambiance est clairement à la fête. Le rôle de ces lobbyistes est de plus en plus important et leur sarguments sont de mieux et mieux entendus. À l'instant, l'une de leur représentante a eu la possibilité de s'exprimer en plénière de clotûre du groupe LCA... Mais c'est également sans compter, ceux des carbon traders qui sont directement intégrés dans certaines délégations officielles (notamment celle de la Russie).


Les plus importants leaders et les chefs de file de ce carbon trading est l'International Emission Trading Association (IETA).

Bienvenue dans l'antre du droit international de l'environnement

La place des diplomates français : d'ailleurs, ce sont deux personnes très agréables et prêtes à la discussion !

Voici la plénière. C'est ici que commence et termine officiellement la CoP; mais pas seulement. Chaque groupe de travail (AWG) remet également ici la somme de ses travaux.
C'est donc dans cette immense salle très onusienne que tout se décide ou que rien se décide (d'aileurs) !

Un appel pour le climat

Chers lecteurs, il est temps de passer à l'action !


En ce moment précis, le président Nicolas Sarkozy se prépare à rencontrer les autres chefs d'États européens pour signer l'accord sur le changement climatique et sur l'énergie. Cet accord est une innovation importante et doit servir d'exemple au reste du monde pour les négociations internationales sur le changement climatique. Si l'accord européen n'est pas assez ambitieux (ce que tous les signes laissent à penser jusqu'à présent), cet accord compromettra notre avenir. La France a un rôle particulièrement important dans ces négociations puisqu'elle préside l'Union Européenne, elle peut donc influencer fortement le cours des choses.

Nous avons une petite chance d'influencer encore le cours des choses.

Dans les prochaines 24 heures, trouvons autant de personnes que possible pour appeler le bureau de Nicolas Sarkozy et lui demander de s'efforcer de négocier un accord sur le climat que nous méritons.


Voici les étapes à suivre:


1. Appelez ce numéro: 01 42 92 81 00
2. Expliquez qui vous êtes, d'où vous venez et demandez de laisser un message pour Nicolas Sarkozy.
3. Le standardiste vous dira que vous ne pouvez pas laisser de message mais que vous pouvez envoyer un fax.
4. Dites lui que c'est urgent, que vous voulez voir Nicolas Sarkozy pousser et obtenir un paquet climatique AMBITIEUX (il y a un risque qu'il s'efforce d'obtenir un accord à tout prix).
5. Trouvez trois amis pour faire la même chose.
6. Faites passer la vidéo à autant de personnes que possible.
7. Félicitations, vous venez d'accomplir votre devoir de citoyen engagé pour le climat.


Merci,


Les jeunes délégués Français présents à la conférence de l'ONU sur le changement climatique.

mardi 9 décembre 2008

Conférence de presse des jeunes de la CoP


Les jeunes délégués de la Conférence des Parties à la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques ont donné hier leur conférence de presse afin de présenter et d'expliquer leur positionnement, leurs attentes vis-à-vis de la CoP de Poznan.

Les cinq continents du globe étaient représentés avec une parité presque parfaite. Le message porté par les jeunes est clair et sans concession : il est plus que temps d'agir, réveillons-nous avant qu'il ne soit trop tard. Ce fut un poignant appel lancé aux dirigeants présents ou non à Poznan. L'ensemble de la jeunesse leur demande de prendre rapidement leurs responsabilités pour que la génération future n'ait pas à subir des conséquences désastreuses des changements climatiques.

Quel que soit le continent, le message est le même, il est demandé d'arrêter de discuter chaque année sans aucune utilité mais d'agir concrètement et de passer à l'action.

La conférence de presse d'une trentaine de minutes a été très suivie par les journalistes et les jeunes présents à la Conférence.